House of BorhanÀ PROPOS DE LUI

BORHAN

DERRIÈRELA MAISON

VOUS

01Été 1983SINGULIER
Borhan debout, en costume croisé
Été 1983

Avant la Maison

Borhan est architecte. Cela en dit bien moins qu’on ne l’espérerait.

Derrière l’œil exigeant se cache une sensibilité romantique : l’amour de la poésie, de la couleur, de la parure, et de l’idée qu’une belle chose puisse receler un sens qu’elle ne livre pas d’emblée. D’origine persane, il éprouve une profonde affinité avec une culture où l’architecture, les jardins, la littérature et la vie spirituelle ont si souvent dialogué.

La poésie de Hafez et de Rumi, la finesse de l’ornement, le rapport entre la vie intérieure et son expression visible : tout cela appartient à l’univers d’idées et de sensations vers lequel il revient sans cesse. Cela nourrit ce qu’il attend de la beauté, et le temps qu’il est prêt à prendre pour regarder.

Il aime le raffinement qui abrite une part d’inattendu. Une pièce composée peut gagner en intérêt grâce à un objet inhabituel ; une certaine richesse peut trouver son caractère dans la retenue. Il goûte le moment où une première impression se révèle insuffisante, où il reste plus à découvrir que l’œil ne l’avait d’abord saisi.

Cet appétit de sens se prolonge dans son travail. Une maison offre un abri, certes, mais elle donne aussi une forme concrète à un monde intime. Ce que l’on chérit, cache, accueille ou désire peut y trouver sa place.

02PAS DE BEAUTÉ SANS RAISONSOCRATIQUE
Femme en robe du soir sombre, debout dans un jardin
CHAPITRE DEUX

Pas de beauté sans raison

Sa mère, Gita, lui a appris à regarder avec intention.

Maquilleuse de renom, elle travaillait avec le caractère singulier de chaque visage. Borhan se souvient du raisonnement qui guidait ses choix : pourquoi un trait avait sa place à tel endroit, ce qui méritait d’être souligné, comment un ajustement pouvait rétablir l’équilibre de l’ensemble.

Ce qui l’a marqué, c’est son insistance sur l’intention. Un geste devait avoir une raison. La personne en face d’elle méritait toute son attention. La beauté dépendait de la sincérité de cette rencontre.

Il transpose cette leçon à une autre échelle. Une pièce pose ses propres questions de proportion, d’accent et de caractère. Un geste séduisant doit encore justifier sa présence. Il veut savoir ce qu’il apporte, ce qu’il révèle, et s’il appartient bien à la personne pour qui il est conçu.

Il y a de la tendresse dans cet héritage, mais aussi une discipline. Sa mère lui a transmis une question durable à poser à chacune de ses décisions : pourquoi ? Elle reste précieuse précisément lorsqu’une idée est assez attrayante pour échapper à l’examen.

D’elle, il a appris à associer la beauté au raisonnement, à la sincérité et à la pureté de l’intention. Regarder de près était le commencement. Savoir pourquoi l’on intervenait était la responsabilité.

03LE TRAVAIL EST UNE OFFRANDEDÉVOUÉ
Portrait de femme en noir et blanc
CHAPITRE TROIS

Le travail est une offrande

Sa grand-mère lui a enseigné une autre forme d’attention : l’effort dû à celui ou celle qui vous a accordé sa confiance.

Son exemple unissait le travail acharné, l’éthique et le service. Pour Borhan, cet héritage vit dans la volonté de rester attentif lorsque le travail devient exigeant, d’aller jusqu’au bout, et d’accorder aux préoccupations de chacun le sérieux qu’elles méritent.

Sa foi bahá’íe donne à cette conception une dimension spirituelle. Il considère le travail accompli dans un esprit de service comme une forme d’adoration. Ce regard relie la vie intérieure à la conduite extérieure.

Il est particulièrement touché par l’idée qu’il faut aider les choses à atteindre leur plus haute excellence. Le bois, la pierre, le béton, le savoir-faire et l’effort humains sont engagés pour faire naître quelque chose. Il veut que le résultat soit digne de cet engagement.

C’est une conviction exigeante. L’excellence doit servir quelqu’un ; la dévotion doit devenir utile.

Pour Borhan, la vie spirituelle entre dans la commande par de telles obligations. Elle se manifeste dans la patience de comprendre, l’honnêteté d’expliquer une difficulté, et l’effort nécessaire pour mener une intention à son terme. Ce sont des actes ordinaires. Il prend leur sens au sérieux.

04CE QU’IL NE PEUT IGNORERAUDACIEUX
Homme en costume clair et chapeau, assis dans une pièce lambrissée de bois
CHAPITRE QUATRE

Ce qu’il ne peut ignorer

Plus de vingt ans de pratique ont aiguisé son regard. Ils ont aussi changé ce qu’il cherche.

Il a travaillé pour des familles royales, des personnalités publiques et de grandes maisons, comme pour des particuliers et leurs résidences. Son travail a été maintes fois primé. Pourtant, l’expérience à laquelle il revient le plus souvent est la rencontre avec une personne dont l’idée de la maison est encore en train de prendre forme.

Une demande peut sembler simple jusqu’à ce que quelqu’un explique pourquoi elle compte. Une préférence peut dissimuler une tension qui mérite d’être explorée. Il écoute, propose une interprétation et observe si la personne s’y reconnaît. La compréhension naît de cet échange.

Il voit un échec dans les critères de réussite architecturale qui accordent trop peu de poids à la vie qu’abrite le bâtiment. La photographie peut établir la composition. Elle ne peut établir si l’on s’y sent bien.

Il doit être prêt à remettre en question une solution impressionnante, à revenir sur une conversation ou à reconsidérer une hypothèse. La personne qui commande la maison doit pouvoir reconnaître sa vie dans les décisions prises. Son insatisfaction commence là où cette responsabilité est traitée comme accessoire.

05FACE À FACEPERSPICACE
Portrait en noir et blanc de Borhan assis, la main sous le menton
CHAPITRE CINQ

Face à face

Le plus rare, dans le travail de Borhan, est l’attention qu’il porte à la personne qui vivra là. La plupart de ceux qui viennent à lui ont l’habitude d’être entourés d’attentions ; être compris est une autre affaire.

Il écoute la vie qui échappe au programme : la phrase abandonnée en chemin, l’habitude jugée sans importance, la contradiction que d’autres s’empressent de résoudre. Il remarque ce qui vous met à l’aise, ce qui vous trouble, et quand une remarque en passant appelle une autre question.

Cette attention est chaleureuse, mais jamais passive. Il posera des questions, élaguera et, s’il le faut, dira son désaccord.

Toute collaboration commence par une conversation dans les deux sens. Borhan veut comprendre ce que vous espérez ; vous devez pouvoir l’interroger sur sa façon de travailler. La relation demande de la franchise, de la curiosité et la liberté d’être en désaccord.

Les moyens de commander une maison rendent l’entreprise possible. Ils ne suffisent pas à fonder la relation.

Aucun des deux ne devrait avoir à convaincre l’autre d’une collaboration qui ne lui semble pas juste.

Il faut se reconnaître mutuellement.

06CE QU’IL ESPÈRE LAISSERCOURTOIS
Silhouette debout dans une prairie ensoleillée
CHAPITRE SIX

Ce qu’il espère laisser

Une fois habitée, une maison entre dans la vie de quelqu’un d’une manière qu’aucun concepteur ne saurait écrire à l’avance. Les objets se déplacent. Les habitudes changent. Ses habitants y font leurs propres découvertes. Borhan espère créer des maisons assez généreuses pour accueillir cette écriture qui leur appartient.

Son ambition est que le soin investi dans une commande reste utile longtemps après que ses décisions ont cessé d’attirer l’attention. On peut ne plus remarquer pourquoi un lieu est confortable. On constate simplement qu’il en est ainsi. La réflexion s’est fondue dans l’aisance.

Il doit aussi y avoir place pour le plaisir, la surprise et l’attachement : pour qu’une chose capte à nouveau le regard après des années de familiarité, ou devienne précieuse par une association que nul n’aurait pu prévoir.

Voilà ce qu’il espère que son travail laissera derrière lui : une capacité durable à accompagner une vie à mesure qu’elle se déploie. Son sens le plus plein se révélera à travers ceux qui y vivent.

Cette perspective appelle une nécessaire humilité. La maison connaîtra des chapitres de leur vie qu’il ne verra jamais, et il veut l’avoir bien préparée.

House of Borhan
House of BorhanÀ PROPOS DE LUI

BORHAN

DERRIÈRELA MAISON

VOUS

01Été 1983SINGULIER
Borhan debout, en costume croisé
Été 1983

Avant la Maison

Borhan est architecte. Cela en dit bien moins qu’on ne l’espérerait.

Derrière l’œil exigeant se cache une sensibilité romantique : l’amour de la poésie, de la couleur, de la parure, et de l’idée qu’une belle chose puisse receler un sens qu’elle ne livre pas d’emblée. D’origine persane, il éprouve une profonde affinité avec une culture où l’architecture, les jardins, la littérature et la vie spirituelle ont si souvent dialogué.

La poésie de Hafez et de Rumi, la finesse de l’ornement, le rapport entre la vie intérieure et son expression visible : tout cela appartient à l’univers d’idées et de sensations vers lequel il revient sans cesse. Cela nourrit ce qu’il attend de la beauté, et le temps qu’il est prêt à prendre pour regarder.

Il aime le raffinement qui abrite une part d’inattendu. Une pièce composée peut gagner en intérêt grâce à un objet inhabituel ; une certaine richesse peut trouver son caractère dans la retenue. Il goûte le moment où une première impression se révèle insuffisante, où il reste plus à découvrir que l’œil ne l’avait d’abord saisi.

Cet appétit de sens se prolonge dans son travail. Une maison offre un abri, certes, mais elle donne aussi une forme concrète à un monde intime. Ce que l’on chérit, cache, accueille ou désire peut y trouver sa place.

02PAS DE BEAUTÉ SANS RAISONSOCRATIQUE
Femme en robe du soir sombre, debout dans un jardin
CHAPITRE DEUX

Pas de beauté sans raison

Sa mère, Gita, lui a appris à regarder avec intention.

Maquilleuse de renom, elle travaillait avec le caractère singulier de chaque visage. Borhan se souvient du raisonnement qui guidait ses choix : pourquoi un trait avait sa place à tel endroit, ce qui méritait d’être souligné, comment un ajustement pouvait rétablir l’équilibre de l’ensemble.

Ce qui l’a marqué, c’est son insistance sur l’intention. Un geste devait avoir une raison. La personne en face d’elle méritait toute son attention. La beauté dépendait de la sincérité de cette rencontre.

Il transpose cette leçon à une autre échelle. Une pièce pose ses propres questions de proportion, d’accent et de caractère. Un geste séduisant doit encore justifier sa présence. Il veut savoir ce qu’il apporte, ce qu’il révèle, et s’il appartient bien à la personne pour qui il est conçu.

Il y a de la tendresse dans cet héritage, mais aussi une discipline. Sa mère lui a transmis une question durable à poser à chacune de ses décisions : pourquoi ? Elle reste précieuse précisément lorsqu’une idée est assez attrayante pour échapper à l’examen.

D’elle, il a appris à associer la beauté au raisonnement, à la sincérité et à la pureté de l’intention. Regarder de près était le commencement. Savoir pourquoi l’on intervenait était la responsabilité.

03LE TRAVAIL EST UNE OFFRANDEDÉVOUÉ
Portrait de femme en noir et blanc
CHAPITRE TROIS

Le travail est une offrande

Sa grand-mère lui a enseigné une autre forme d’attention : l’effort dû à celui ou celle qui vous a accordé sa confiance.

Son exemple unissait le travail acharné, l’éthique et le service. Pour Borhan, cet héritage vit dans la volonté de rester attentif lorsque le travail devient exigeant, d’aller jusqu’au bout, et d’accorder aux préoccupations de chacun le sérieux qu’elles méritent.

Sa foi bahá’íe donne à cette conception une dimension spirituelle. Il considère le travail accompli dans un esprit de service comme une forme d’adoration. Ce regard relie la vie intérieure à la conduite extérieure.

Il est particulièrement touché par l’idée qu’il faut aider les choses à atteindre leur plus haute excellence. Le bois, la pierre, le béton, le savoir-faire et l’effort humains sont engagés pour faire naître quelque chose. Il veut que le résultat soit digne de cet engagement.

C’est une conviction exigeante. L’excellence doit servir quelqu’un ; la dévotion doit devenir utile.

Pour Borhan, la vie spirituelle entre dans la commande par de telles obligations. Elle se manifeste dans la patience de comprendre, l’honnêteté d’expliquer une difficulté, et l’effort nécessaire pour mener une intention à son terme. Ce sont des actes ordinaires. Il prend leur sens au sérieux.

04CE QU’IL NE PEUT IGNORERAUDACIEUX
Homme en costume clair et chapeau, assis dans une pièce lambrissée de bois
CHAPITRE QUATRE

Ce qu’il ne peut ignorer

Plus de vingt ans de pratique ont aiguisé son regard. Ils ont aussi changé ce qu’il cherche.

Il a travaillé pour des familles royales, des personnalités publiques et de grandes maisons, comme pour des particuliers et leurs résidences. Son travail a été maintes fois primé. Pourtant, l’expérience à laquelle il revient le plus souvent est la rencontre avec une personne dont l’idée de la maison est encore en train de prendre forme.

Une demande peut sembler simple jusqu’à ce que quelqu’un explique pourquoi elle compte. Une préférence peut dissimuler une tension qui mérite d’être explorée. Il écoute, propose une interprétation et observe si la personne s’y reconnaît. La compréhension naît de cet échange.

Il voit un échec dans les critères de réussite architecturale qui accordent trop peu de poids à la vie qu’abrite le bâtiment. La photographie peut établir la composition. Elle ne peut établir si l’on s’y sent bien.

Il doit être prêt à remettre en question une solution impressionnante, à revenir sur une conversation ou à reconsidérer une hypothèse. La personne qui commande la maison doit pouvoir reconnaître sa vie dans les décisions prises. Son insatisfaction commence là où cette responsabilité est traitée comme accessoire.

05FACE À FACEPERSPICACE
Portrait en noir et blanc de Borhan assis, la main sous le menton
CHAPITRE CINQ

Face à face

Le plus rare, dans le travail de Borhan, est l’attention qu’il porte à la personne qui vivra là. La plupart de ceux qui viennent à lui ont l’habitude d’être entourés d’attentions ; être compris est une autre affaire.

Il écoute la vie qui échappe au programme : la phrase abandonnée en chemin, l’habitude jugée sans importance, la contradiction que d’autres s’empressent de résoudre. Il remarque ce qui vous met à l’aise, ce qui vous trouble, et quand une remarque en passant appelle une autre question.

Cette attention est chaleureuse, mais jamais passive. Il posera des questions, élaguera et, s’il le faut, dira son désaccord.

Toute collaboration commence par une conversation dans les deux sens. Borhan veut comprendre ce que vous espérez ; vous devez pouvoir l’interroger sur sa façon de travailler. La relation demande de la franchise, de la curiosité et la liberté d’être en désaccord.

Les moyens de commander une maison rendent l’entreprise possible. Ils ne suffisent pas à fonder la relation.

Aucun des deux ne devrait avoir à convaincre l’autre d’une collaboration qui ne lui semble pas juste.

Il faut se reconnaître mutuellement.

06CE QU’IL ESPÈRE LAISSERCOURTOIS
Silhouette debout dans une prairie ensoleillée
CHAPITRE SIX

Ce qu’il espère laisser

Une fois habitée, une maison entre dans la vie de quelqu’un d’une manière qu’aucun concepteur ne saurait écrire à l’avance. Les objets se déplacent. Les habitudes changent. Ses habitants y font leurs propres découvertes. Borhan espère créer des maisons assez généreuses pour accueillir cette écriture qui leur appartient.

Son ambition est que le soin investi dans une commande reste utile longtemps après que ses décisions ont cessé d’attirer l’attention. On peut ne plus remarquer pourquoi un lieu est confortable. On constate simplement qu’il en est ainsi. La réflexion s’est fondue dans l’aisance.

Il doit aussi y avoir place pour le plaisir, la surprise et l’attachement : pour qu’une chose capte à nouveau le regard après des années de familiarité, ou devienne précieuse par une association que nul n’aurait pu prévoir.

Voilà ce qu’il espère que son travail laissera derrière lui : une capacité durable à accompagner une vie à mesure qu’elle se déploie. Son sens le plus plein se révélera à travers ceux qui y vivent.

Cette perspective appelle une nécessaire humilité. La maison connaîtra des chapitres de leur vie qu’il ne verra jamais, et il veut l’avoir bien préparée.

House of Borhan